le 13 septembre, Laurent BERGER rencontre le personnel soignant au Centre Hospitalier de Saint Dizier

Publié le 22/09/2017 à 10H31
L'hôpital de Saint-Dizier à bout de souffle

Le centre hospitalier de Saint-Dizier marche sur la tête et combat pour sa survie.

C'est le diagnostic dressé par Laurent Berger, venu rencontrer le personnel soignant le 13 septembre, invité par la section syndicale CFDT. Comme dans la plus part des hôpitaux publics, les conditions de travail ne cessent de se dégrader. La tarification à l'activité, les mesures d'économie sur fond de rigueur budgétaire rendent la situation invivable. Mais pire encore, le management du personnel vire au cauchemar. La direction adopte des pratiques humiliantes qui désarçonnent et démotivent, refusant tout dialogue avec les syndicats. Les horaires de travail sont modifiés la veille pour le lendemain, les infirmières comme les aides-soignantes peuvent être affectées au pied levé dans des services qui ne sont pas les leurs, les formations pourtant indispensables sont annulées ou bien prises hors du temps de travail... La direction met une pression immodérée sur le personnel soignant et cherche à le culpabiliser. Résultat, comme l'explique Corinne, "on se sent atteint dans notre dignité et on n'est plus respectée". Pierre ajoute qu'on "lui demande de bien traiter les patients alors que lui même est brutalisé par sa direction, un état des choses insupportable .Je suis en souffrance dans mon travail." La CFDT bataille contre ces pratiques managériales piteuses et Sonia Peter, la responsable de la section syndicale, entend bien passer à la vitesse supérieure pour arrêter ce processus.

La logique financière écrase tout sur son passage et les lieux de décisions sont coupés de la réalité du terrain. L'hôpital se serre la ceinture et doit faire du chiffre. Le malade à un prix, il doit être rentable. Et puis de nombreux lits sont supprimés selon le raisonnement suivant : "un lit fermé coûte moins cher que lorsqu'il est ouvert". Alors en période de forte activité, l'hôpital éprouve toute les peines du monde à trouver de la place pour ses patients. Albert raconte "qu'un homme s'est ainsi retrouvé en gynécologie, faute de place en médecine générale". Il ajoute avec humour que Saint-Dizier pourrait être précurseur en la matière en plaçant les personnes âgées en pédiatrie. La continuité des soins est assurée, les services fonctionnent, mais avec des moyens humains de plus en plus limités. Il n'est pas rare que le personnel vienne travailler pendant les jours de repos. L'hôpital s'appuie sur une conscience et un investissement professionnels des personnels de santé surdimensionnés. "La direction joue sur cette corde sensible qui compense les désorganisations et les manques de moyens. Mais au bout du compte, les dépassements des horaires, la pénibilité, l'épuisement ruinent la santé du personnel trop souvent proche du burn-out." La preuve : le mot suicide est parfois entendu dans les conversations.

Le bassin de vie entre Saint-Dizier, Bar-le-Duc et Vitry-le-François aurait besoin d'un hôpital public qui prennent en considération les particularités de sa population : vieillissante, plus paupérisée que la moyenne nationale, sur un territoire à caractère rural. Observée en priorité sous l'angle du coût, le système de la santé publique perd tout son sens et déboussole les personnels de santé. Les malades sont les premières victimes.